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Gilbert Prouteau, Hommage au Sénat, novembre 1998

mardi 8 mai 2007


Gilbert PROUTEAU et

CLEMENCEAU au Sénat


Le mardi 24 novembre 1998,



Gilbert PROUTEAU

inaugure au Sénat

la Commémoration du Quatre-vingtième Anniversaire de l’Armistice de la

Première Guerre Mondiale (1914 - 1918),

et présente son film :

"La vie passionnée de Georges Clemenceau".


Il faut lire

le "Discours de Monsieur Christian PONCELET, Président du Sénat",

à l’occasion de la projection au Sénat du film : " La vie passionnée de Georges Clemenceau" dans le cadre de la Commémoration de l’Armistice de 1918.

(Copie du discours ci-après pour infos)


Monsieur Christian PONCELET dit notamment lors de ce discours :

"C’est la raison pour laquelle je félicite vivement mes amis, le Président Larcher et le sénateur Marcel-Pierre CLEACH, d’avoir pris l’initiative, à l’occasion de la Commémoration de l’Armistice, d’organiser cette soirée autour du film exceptionnel de Gilbert PROUTEAU.

Je salue le réalisateur et adresse à la famille de CLEMENCEAU, que vous représentez, Madame (N.D.L.R. : Madame Marie PHELIPPON-CLEMENCEAU, arrière-petite-fille de Georges CLEMENCEAU), mes respectueux hommages."


De Gilbert PROUTEAU, Ouest-France écrira :

"Il a subjugué le Sénat".








Discours de Monsieur Christian PONCELET, Président du Sénat


à l’occasion de la projection au Sénat du film de Gilbert Prouteau

"La vie passionnée de Georges Clemenceau"

dans le cadre de la commémoration de l’armistice de 1918

Novembre 1998




Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Un jour, le vieux Clemenceau, toujours paré du prestige du radical qu’il fut, reçut un jeune révolutionnaire qui lui dit :

"Je veux faire la Révolution". Clemenceau lui dit : "Jeune homme, comment comptez-vous vous y prendre ?"

"Très simple, lui répond le garçon, il suffit de tuer tous les membres du Gouvernement et de la Chambre des députés !"

Et avec son ironie mordante, relevant un oubli impardonnable, Clemenceau répondit : "Vous n’êtes pas très poli avec le Sénat !".

Clemenceau, après avoir combattu la deuxième Chambre, en était, en effet, devenu un défenseur. Le Père La Victoire jouit donc, dans cette maison, à plusieurs titres d’un respect unanime.

C’est la raison pour laquelle je félicite vivement mes amis, le Président Larcher et le sénateur Marcel-Pierre Cleach, d’avoir pris l’initiative, à l’occasion de la commémoration de l’armistice, d’organiser cette soirée autour du film exceptionnel de Gilbert Prouteau. Je salue le réalisateur et adresse à la famille de Clémenceau, que vous représentez, Madame, mes respectueux hommages.

Le Lorrain que je suis ne peut être évidemment que plus attaché à cet hommage rendu à l’éminent Français qui réalisa le voeu de toute une génération : le retour des provinces perdues dans la Mère Patrie. Ce retour, il le voulut avec une violence et une hargne sans égales. Jaurès le pacifiste, les pacifistes les radicaux qu’il appelait opportunistes durent affronter son intransigeance.

Mais je voudrais, sans retarder excessivement la présentation du film sur la vie passionnée de Georges Clemenceau, vous livrer deux sujets de méditation.

Quelle chose étrange, en effet, que de voir appelé presque à l’unanimité pour le salut de la patrie cet homme si sulfureux ! Le pamphlétaire, le républicain radical au tempérament vendéen, l’homme des duels, et parfois des scandales, est l’homme vers lequel la France entière se tourne en 1917. Comme ce fut le cas pour Benjamin Disraeli, Winston Churchill, Clemenceau ou De Gaulle, par une extraordinaire coïncidence, dans l’épreuve, les grandes nations font appel à des enfants terribles, à la jeunesse aventureuse, à des originaux que les élites avaient méprisés dans les temps de confort.


Faut-il y voir la lâcheté quotidienne des hommes qui, dans les temps d’indolence, craignent les personnages d’exception et les Cassandre ? Quand on se souvient d’un Président du Conseil revenant de Münich disant "Ah ! s’ils savaient !" et aux commentaires alors d’un ancien président du conseil, on sait ce qu’est la lâcheté. Faut-il y voir la marque du Génie des peuples ou de la Providence qui ont la sagesse de réserver les personnalités hors du commun aux situations d’exception et, en quelque sorte, de les préparer, par des épreuves, à tremper leur caractère pour l’accomplissement du destin des Nations ? Je vous laisse méditer et regretter peut-être que les temps de paix suscitent rarement, en France tout au moins, pays de tumultes et de tempêtes, les grands hommes qui pourraient conduire, dans le calme et par la réforme, la France vers le progrès.

Ma deuxième remarque aura une portée plus actuelle. Elle portera sur le radicalisme de Clemenceau, sur son intransigeance révolutionnaire et, en même temps, sur sa foi républicaine. On a trop tendance, dans les médias, à vivre de clichés : on oppose le travail des sénateurs, des élus, des commis de la République, au vent de fraîcheur venus de la société civile ou des milieux les plus radicaux. Profitant de ces clichés, on voit même récemment quelques bateleurs, surgir régulièrement dans la vie politique française, parés de couleurs rousses ou vertes et chercher à bousculer les élus du peuple.

Clemenceau n’était pas un radical de salon, de Sorbonne -côté cour- ou de télévision. Il méprisait d’ailleurs les radicaux opportunistes. Il fut maire de Montmartre, rédacteur de l’Homme enchaîné, défenseur de Dreyfus, duelliste, défenseur des ouvriers et, en même temps, profondément respectueux de la République et du Parlement. Pas une phrase de lui, quelle que soit la forme violente de son expression, qui ne s’inscrive dans la continuité des grands orateurs de la Révolution. Pas une phrase de lui qui n’exalte la légitimité des institutions de la République. Pas un mot de lui qui ne traduise le respect dû à chaque homme et aux traditions d’une société millénaire.

Radical intransigeant, rebelle éternel, Clemenceau est devenu sénateur. Sénateur, il est est resté radical et républicain, pleinement conscient de la dignité du travail parlementaire.

J’en veux pour preuve cette interpellation qu’il adresse à Jaurès après un de ces discours lyriques et généreux dont il avait le secret, interpellation que tout sénateur pourrait encore aujourd’hui reprendre à l’intention du Gouvernement, mais surtout des démagogues ou des réformateurs idéalistes de tout poil qui attisent dangereusement un certain anti-parlementarisme :

"Vous me dominez de toute la hauteur de vos conceptions socialistes ; vous avez le pouvoir magique d’évoquer de votre baguette, des palais de féerie. Je suis l’artisan modeste des cathédrales, qui apporte une pierre obscurément à l’ensemble de l’oeuvre et ne verra jamais le monument qu’il élève. J’ai l’air de rabaisser mon rôle ; dans ma pensée, je le grandis, car vos palais de féerie s’évanouiront en brouillards au contact des réalités, tandis qu’un jour, la grande cathédrale républicaine lancera sa flèche dans les cieux".

Voilà ce que je souhaitais dire brièvement sur Clemenceau que nous nous devons d’honorer car c’est un patriote et pour faire connaître aux jeunes générations ce qu’est l’esprit patriotique.


Novembre 1998




Cet extraits sont une copie pour Archive du site superbe du Sénat Français. La page était située ici dans le site web du Sénat :

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